Je cède, sans résistance, à la tentation des soupes et autres chaleureux veloutés de légumes.
Et pour tout dire, été comme hiver.
Ce qu'il semble loin le temps où les parents, les grands-parents se sentaient obligés d'utiliser le régime de la terreur pour faire avaler une soupe de légumes à leurs marmots :
" Si tu manges pas ta soupe, le croque-mitaine va venir te chercher !",
ou encore "si tu finis pas ta soupe, tu resteras petit !"
Peur ultime que de ne pas grandir pour l'enfant qui n'a qu'une envie, pouvoir intégrer le monde de sa  grande soeur, de son grand frère ou de "ceux" du lycée.
Etre grand, pas forcément adulte mais faire partie des "grands".

Aujourd'hui la soupe est tendance, et pas seulement parce que c'est de saison.
Cette mode doit son succès, entre autres, aux nombreux livres de soupes, récemment mis à l'honneur, et aux magazines culinaires qui; à l'instar de la presse féminine qui s'emploie à nous parler de régime lorsque les fêtes sont passées, c'est-à-dire 10 mois sur 12; ont la chance d'avoir des thèmes prémâchés en s'appuyant sur la nature et sur le rythme des saisons - ou ce qu'il en reste -.
C'est ainsi que du 21 décembre au 21 mars, les couvertures de notre presse favorite étalent, devant nos yeux ébaubis, des soupes toutes plus aguicheuses les unes que les autres ou des plats bien réconfortants et énergétiques pour nous aider (quelle gentille attention ;o)) à supporter la rudesse hivernale.

Moi, la soupe, j'ai toujours aimé ça ... mais ce n'est pas pour cela que j'ai démesurément grandi ;o).

C'est peut-être parce que ma douce Mamie fait les meilleures soupes, avec les meilleurs légumes du monde entier : ceux du jardin.
C'est peut-être parce que j'ai eu la chance de connaître cette authentique et divine saveur du légume longuement, amoureusement cuit dans une marmite avant d'être simplement écrasé  au presse-purée puis marié aux produits laitiers.
C'est peut-être aussi parce que les parfums qui ont envahi mes narines à l'époque, demeurent si présents dans  ma mémoire sensorielle.
Certes, ma grand-mère y est pour beaucoup puisqu'elle m'en fait toujours et entretient cet amour à grand coup de tupperwares remplis à ras bord.
Ces parfums de campagne, cette odeur de poireau si forte, si rustique et ces pommes de terre qui ont toujours été si drôles à voir "éclore" de sous terre; je les aime.
Les gigantesques courges étaient sublimées et bien moins impressionnantes sous cette forme...
Et c'est sans nul doute, une de mes préférées.

Et la gratinée.
Si elle n'est pas ma soupe favorite, elle reste celle qui me vaut les meilleures réminiscences. Et ces dernières sont centrées sur les circonstances qui l'amenaient sur notre table.
Un soir de fêtes, un retour de chasse.
Ou un départ à la chasse, au petit matin.
Après une soirée joyeuse et arrosée entre amis ou voisins. Ou simplement avec des personnes de passage.
La fraternité et la gaieté semblaient toujours accompagner ce bouillon bien spécial.
Ma première gratinée fut l'occasion de découvrir cette ambiance et les coutumes qui lui sont rattachées.
Les croûtons, le fromage râpé...

Mon grand-père découpa des tranches de pain rassis, avec son vieil opinel, niché dans sa poche par tous les temps et dans chaque pantalon - tant et si bien que je me suis demandé combien il en avait ;o) -,  et les frotta avec une gousse d'ail.
Je le regardais faire en gobant les mouches.
Ensuite, ils les jeta nonchalemment dans son assiette creuse.
J'attendais de voir la suite, car je sentais bien que ce n'était pas fini, en regardant ces drôles de navire s'entrechoquer au large de leur mer intérieure.
C'est alors qu'il prit le bol dans lequel ma grand-mère disposait une tonne d'emmental ou de comté râpé, et que de sa "grosse main", il en saisit une bonne portion, avant de le déposer savamment sur les croûtons-navires.
J'avais sans doute déjà envisagé le potentiel d'amusement que ce rituel pourrait me procurer.
En effet, quoi de plus rigolo que de jeter des trucs dans un liquide !?
Ca éclabousse, ça fait des ronds dans le liquide, ça mouille les autres éventuellement. Puis, après, si ça flotte, ce qui était le cas, ça fait des bateaux et des histoires ...
Même dans un diamètre aussi restreint que celui d'une assiette à soupe, il y avait matière à s'amuser.

Je vous rappelle que je suis fille unique - et m'en porte comme un charme - et que je ne me suis jamais ennuyée seule. Pour cela, il fallait tout de même que je me trouve quelques occupations,voire quelques passions.
De toutes sortes. Intellectuelles, manuelles ou les deux.

La soupe est donc tendaVeloutepatadouceLnce.
Tellement qu'hier encore, à la fnac, je découvrais de nouveaux petits livres qui leur étaient exclusivement consacrés.
Plus fort encore, on ouvre des "bars à soupes".
A Lyon, il y a un magasin, vers la place Bellecour, qui vend principalement des soupes "de luxe", et de qualité semble-t-il, en bouteilles. Je crois que l'on peut déguster sur place également. Goûter avant d'acheter, le top !

Il y a peu, j'ai vu un reportage dans lequel certains intervenants, nutritionnistes ou tenanciers de "bars à soupes", vantaient les mérites d'une alimentation liquide...
Mouais. Là, ça allait un peu loin tout de même.
Je veux bien admettre que la soupe soit un repas complet, plus ou moins équilibré et satisfaisant mais de là à imaginer ne manger que cela, il y a un abîme.

Au regard de tout cela, la tendance, la saison, l'amour des légumes et des soupes, je ne pouvais plus ne pas acquérir un robot mixer plongeant.
L'ancien étant incapable de produire des purées de légumes dignes de ce nom, j'en étais réduite, jusque-là, à utiliser le bon vieux presse-purée ou la fourchette. Et très franchement, je ne devais pas avoir le talent de nos ancêtres car je n'ai jamais été contente du grain obtenu.
Depuis cet achat, j'avoue être, hum, comment dire, relativement euphorique, même quasi maniaque ;o). Dès que je vois un légume, je veux le mixer !!
Alors pour tester la bête, je me suis jetée sur des patates douces, que j'aime particulièrement en dessert ou en morceaux dans des bouillons japonais, et j'ai préparé ce velouté assez exceptionnel !! ;o).

VELOUTE DE PATATES DOUCES, LAIT D'AMANDES, COCO ET CARVI


Pour 3 assiettes :veloutepatatedoucemac

1 1/2 grosse patate douce
200g de potiron
10cl de lait d'amandes+ 3 càs
10cl de crème de coco+ 1 càs
1 bonne càc de carvi moulu
Fleur de sel
Poivre noir fraîchement moulu
Noix de coco râpée (facultatif)



Faire cuire le potiron et la patate douce, épluchés, dans une grande casserole d'eau jusqu'à ce qu'ils soient moelleux.
Egoutter et mixer (yes !!) finement.
Assaisonner selon votre goût.
Mettre la purée de légumes dans une casserole, ajouter le lait et porter à légère ébullition sur feu moyen.
Ajouter la crème de coco et laisser chauffer 2-3 mn supplémentaires.
Dans un petit bol, mélanger le lait et la crème restants.
Déposer quelques louches de velouté dans les assiettes, verser un peu de mélange lait-coco froid dessus et saupoudrer largement de carvi (selon vos goûts, évidemment).

A mon humble avis :
C'est positivement délicieux.
Ce velouté est d'une douceur extrême, tant dans la texture que dans les arômes qui s'y marient.
Un peu sucré, un peu acidulé.
Formidablement nutritif tout en sachant rester léger sur l'estomac.
J'ai juste regretté de ne pas avoir acheté davantage de potiron et de patates douces.
Sans conteste, un must chez moi. Ma mère en est dingue !!