J'adore la neige et j'adore l'hiver.
Plus généralement, j'aime les saisons.
Toutes les saisons.
Marquées, distinctes, accompagnées de leur florilège de caractéristiques toutes plus féériques les unes que les autres.

Vous imaginez mon désarroi face à l'état des lieux des conditions climatiques actuelles.
Les saisons se détraquent, les intempéries ne trouvent plus leur place et nous ne sommes plus très loin de voir les mini-jupes faire tourner les têtes en plein mois de décembre...
Outre les conséquences plus sérieuses que cela implique, c'est le visage de la nature, de nos campagnes, nos montagnes et de nos villes qui s'en trouve changé.
Décidément, nous ne sommes jamais satisfaits.
J'étais la première à admirer ces cristaux de neige se déposer délicatement sur les toits, les voitures et les arbres de mon environnement urbain...
Mais j'étais aussi la première à me plaindre de l'infâme gadoue qu'ils laissaient rapidement s'installer derrière eux en mourant aux premières lueurs du jour.

Aujourd'hui, tandis que Lyon affiche un soleil radieux et que la pellicule de neige sur mon balcon résiste coûte que coûte, j'ai envie de bataille d'or blanc, de rondouillards et sympathiques bonshommes à la carotte en guise de nez, de cette odeur de montagne si familière, si particulière et que seule la neige fondant sur des moonboots mouillées sait dégager...

Mais comment cuisiner la neige ?
A moins d'être Inuit, musheur ou aventurier des steppes glacières, je me vois mal récupérer une boule de neige dans ma casserole pour faire cuire mes légumes !...

C'est dans cet esprit que j'ai songé à la noix de coco.
Et vous vous demandez pourquoi la noix de coco, quel rapport ?
Pour évoquer l'ambiance des sommets savoyards, par exemple, vous auriez pensé à un bon plat genre "comfort food" !
Certes, mais ce n'est pas ce que je recherchais.
Je ne voulais pas spécialement me transporter en altitude, ni me visualiser sur une peau de bête devant la cheminée ronronnante d'un chalet suisse... :o)
Tout ce que je souhaitais, c'était avoir la sensation de "travailler la neige", là tout de suite. Dans mon cadre citadin, sans mise en scène, rien.
Il me fallait trouver un ingrédient autre que le sucre glace qui me laisse cette sensation de la "manipuler",  de l'incorporer à une préparation.
Il m'importait peu que le résultat ressemble à une montagne enneigée.
Parfois, il ne faut pas chercher plus loin que ce que l'esprit nous insuffle. Prendre la pensée brute sans analyser, sans sophistiquer les choses.

Certes, je vous le concède, la pensée semble paradoxale.
Associer  à la neige, donc à l'hiver, un élément aussi antithétique que la noix de coco, ce symbole éclatant et ô combien récurrent pour la plupart d'entre nous, de l'exotisme insulaire, de la farniente au soleil sur une plage de sable fin, cela peut surprendre...
Rien à voir avec les cimes blanches des géants de pierre.
Et pourtant,  ne vous fait-elle pas penser à la douce et froide neige, dans sa blancheur immaculée, la légèreté et la finesse de ses grains ?
N'est-ce-pas le seul ingrédient, avec le sus-cité sucre glace, que l'on puisse réellement mettre en comparaison avec la neige ?

Bref, quoiqu'il en soit, tout était clair dans ma tête, j'allais préparer quelque chose à base de coco en poudre.
Et très honnêtement, je doute que le soleil qui inondait mon bureau à cet instant n'ait été étranger à cette drôle d'association mentale.
Une douceur plutôt.
Tea time approchait et je réservais l'inspiration nippone pour le souper.
J'eus alors l'ingénieuse (oui, oui, un peu péteux mais ça fait du bien des fois, non ;o)) idée d'aller approfondir la lecture des livres que m'avaient procurés Véronica, de La popote de Véro .
C'est un peu grâce à elle et à sa bienveillante générosité, que j'ai pu littéralement me tordre de plaisir cet après-midi ;o)
C'est elle déjà qui m'avait plus ou moins réconciliée avec les ouvrages de Ducasse; vous voyez, le vilain bonhomme pédant à lunettes !
Mais la belle ne s'était pas contentée de partager un seul et unique livre, non, non, non.
Au milieu du lot,  il y avait ce bouquin, très rose, très coloré, à la couverture très reconnaissable.
Il s'agissait du livre de Gérard Mulot.

Alors celui-là, j'avoue être passée plusieurs fois à côté en luttant quelque peu pour ne pas me vautrer goulûment dessusau milieu du rayon culinaire de la fnac ...
J'aimais tout dans ce livre : la couverture, très rose, très macaron, très "sweet candy". Audacieuse, un peu régressive, voire carrément "girly".
J'avais été immédiatement séduite, pourtant, je ne l'avais pas acheté.
Question de préférence sans doute, puisque lorsque je me perds dans les labyrinthes d'une librairie, j'en ressors inévitablement les bras chargés de romans ou d'essais et bizarrement, rarement de livres de cuisine.

Mais assez bavassé, voici sans plus attendre la recette telle que racontée dans l'ouvrage de Gérard Mulot.

COCO (CHOCOLAT) de Gérard MULOT

Pour 10 gâteaux :
coco_choco
Ganache chocolat :
2 càs bien pleines de crème fleurette
50g de chocolat noir à 53%
75g de confiture de framboise (
ou abricots dans la recette d'origine)

Pâte à la noix de coco :

80g de sucre semoule
65g de farine
1 càc bombée de levure
1 càc bombée de sucre vanillé
40g de miel
100g de lait entier frais
2 oeufs
100g de noix de coco râpée
80g de beurre



. Préparer la pâte à la noix de coco :
Mélanger tous les ingrédients dans l'ordre, sauf le beurre, pour obtenir une pâte homogène.
Laisser reposer une heure au frigo avant de l'utiliser.


coco_int. Pendant ce temps préparer la ganache :
Hacher le chocolat puis dans une petite casserole, chauffer la confiture à feu doux.
Dans une autre casserole, porter la crème à ébullition.
La verser sur le chocolat haché et mélanger doucement avec une spatule.
Tout en remuant, incorporer la confiture encore chaude.
La ganache doit être lisse et onctueuse.
Réserver à température.

Préchauffer le four th.6 (180°c).
Dans une petite casserole ( ou au micro-ondes), faire fondre le beurre.
L'incorporer, fondu mais refroidi, à la pâte qui reposait au réfrigérateur.
La travailler jusqu'à ce qu'elle redevienne homogène.

Beurrer et fariner les moules (sauf s'ils sont en silicone), puis avec une poche à douille, ou avec une cuillère si vous craignez cet ustensile ou n'en avez pas, tout simplement,garnir les moules de pâte aux 2/3.
Puis remplir la poche de ganache, enfoncer l'embout au coeur du gâteau pour y déposer une noix de ganache chocolat-framboise.

Sortir
la douille et, au-dessus de chaque petit gâteau, dessiner une spirale en chocolat.
Faire cuire 20mn environ. Le coco-chocolat doit rester fondant.
Laisser refroidir avant de démouler.


La seule chose qui m'a quelque peu déroutée, c'est que je ne pensais pas que la ganache, sur le dessus,  disparaîtrait presque totalement de la surface !...
Il se peut également que le coeur en chocolat soit "attiré" vers le bas ( l'attraction terrestre ;o)) et, de ce fait, que la pâte attache un peu.
Pour ne pas perdre ce coeur et démouler votre gâteau avec un énorme "trou au derrière", pensez bien à beurrer les moules et passez une spatule sous le biscuit.

Mon avis :

J'ai pensé à toi Mamina , car je sais que tu n'aimes pas la noix de coco.coco_mulot
Et je me suis dit que, pour une fois, c'était vraiment dommage, ces petits gâteaux, tout simples, sont de véritables concentrés de plaisir.
Moelleux, gourmands, pleins de saveurs, avec un petit air régressif : la ganache intérieure encore chaude s'échappant lentement du coeur est un aller-simple pour la damnation ! ;o)
Surprenant.
Vraiment, je ne m'attendais pas à cela.
C'est la grande surprise du livre de Gérard Mulot, il est accessible, nature, pas prétentieux pour deux sous et regorge de merveilles aussi bien chic et choc, que populaires et authentiques.
Un seul mot à l'issue de la dégustation qui ne s'éternisa pas, croyez-moi ;o) : Encore.
Je ne regrette nullement mes délires et mes envies neigeuses de cette matinée...
Et ce soir, un petit repas japonais, histoire de manger light et sain pour la bonne conscience et on recommence ;o) !!

N.B:
J'ai modifié les quantités pour la ganache qui, selon moi, n'étaient pas suffisantes par rapport au nombre de gâteaux obtenus.