Très franchement, je n'avais pas spécialement prévu de jouer les midinettes euphorico-hystériques.
Mais après plus de 15 jours d'attente, là où il ne devait y en avoir que 4 ou 5, je ne peux m'empêcher de partager cette intense émotion avec quelqu'un d'autre que mes chats ou ma mère.
Alors je me suis dit que vous étiez les cobayes et les souffre-douleurs idéaux pour subir les assauts de ma joie exacerbée, enivrante, limite étouffante, débordante, provocante voire prétentieuse ...

Un enthousiasme simplement à la mesure du bijou en question :  Dé-me-su-ré.

Pour la petite histoire, il faut d'abord que je vous dise que je possède, depuis 3 ans, en digne passionaria nippone que je suis, un APN (appareil photo numérique) Fuji.
Simple, compact et désormais désuet.
De toute façon, il l'était déjà au bout de six mois pour cause d'avancées frénétiques et irraisonnées des industriels qui, outre leur guéguerre inter-marques, livrent la plus grande bataille de leur vie commerciale en dépensant le plus gros de leur énergie à arnaquer le troupeau de consommateurs des pays dits riches...

Donc, après plusieurs années de bons et loyaux services, quelques accidents et quelques rayures, le vénérable Fuji se faisait vieux mais ne perdait rien de sa superbe.
Et très honnêtement, je ne voyais pas l'utilité d'en racheter un autre étant donné que ma décision était prise depuis des lustres : le prochain appareil à images serait une bonne caméra puis un réflex numérique, ou vice-versa.

Le prix des caméras de cinéma étant exorbitant, je calmais mentalement mes ardeurs, en faisant triste mine, déçue mais pas sans espoir, et me voyais déjà faire des courts révolutionnaires sur la vie épique des chats sur une rembarde de balcon de 10cm d'épaisseur, en super 8 !...

Côté photo, je m'imaginais parcourant le monde, une valise molletonnée de reporter sur le flanc, capturant les âmes des paysages, des objets et des vivants comme personne.

Les rêves ne sont-ils pas faits pour nous pousser à être démesurément "grands" et ambitieux ?...

Je gardais sagement ces visions dans un coin de ma tête en y pensant à chaque film visionné et à chaque photo, culinaire ou pas, prise.

Et puis, un jour, ce fut l'accident de trop.
Un malheureux raz-de-marée félin me fit lâcher l'engin qui alla percuter violemment le carrelage.
Le pauvre Fuji y perdit son objectif.
Je ne me suis pas démontée pour autant car je venais de commencer mon blog depuis quelques mois et il était hors de question que je ne prenne plus de photos.
Qu'elles soient à destination du blog ou pas.

Je pris donc l'objectif dans une main, le boîtier dans l'autre en me disant que cela me ferait un peu d'entraînement pour la manipulation du réflex !
Par chance, j'arrivai à lui soutirer quelques "jolies" photos et le monde n'y vit que du feu.

Ce n'est que durant la dernière sortie entre Pralines que l'une d'entre elles découvrit le pot au rose, dans un grand éclat de rire, en voyant ce pauvre Fuji perdre son oeil de verre et devenir aveugle... N'est-ce-pas La Sieste ;o)

De toute façon, c'était limpide depuis quelque temps déjà : soit j'investissais dans un nouveau compact, soit j'emmenais le Fuji chez l'ophtalmo, soit... soit je succombais au rêve.

Mais le rêve coûte très cher en ce moment, c'est un luxe qui devient de plus en plus inaccessible quand on veut le réaliser.
"En période de fêtes, il y a des occasions à ne pas manquer", pensai-je.

Alors, après plusieurs jours de furetage intensif, je jetais mon dévolu sur un compact bridge Kod.. .
Nouvelle race d'appareil numérique située entre l'apn "de base" et le réflex.
D'où le nom : bridge = hashi en japonais = pont en français ;o)

D'un côté, je trépignais d'impatience à l'idée d'approcher un de mes chers désirs.
De l'autre, je sentais que je m'en éloignais car qui disait achat d'un beau bridge, coûtant déjà deux ou trois centaines d'euros minimum, disait moins d'économies pour le réflex - ou la caméra-.
Et puis je culpabilisais un peu pour le petit Fuji, ce loyal serviteur qui avait vu naître tant de choses - dont ce blog-...

Mais mettre la même somme, ou presque, dans une réparation n'aurait pas été plus avisé.

A ce stade de l'histoire, je me dois de préciser combien j'ai pu saoûler de paroles technologiques, cinématographiques et photographiques,  mes proches qui en connaissent presque autant sur le cinéma et les réflex que sur le Japon, c'est dire !!...
Et encore, vous n'avez là qu'un petit échantillon de leur "connaissance Thalienne" ;o)

"Bon, abrège et viens-en au fait !" - voix off- intérieur - nuit.
D'accord, d'accord.

Les parents, les grands-parents, les amoureux, les amis chers et la famille vous demandent toujours ce que vous voulez pour Noël.
Quel bonheur, Noël a vraiment quelque chose de magique. Je pensais même que je pourrais, peut-être, avoir le nouveau sans trop entamer le "budget rêves".

C'était sans compter sur mon Julot.
Il n'est malheureusement pas à mes côtés depuis plus de deux mois maintenant et je ne le vois que les week-ends et encore ...
La veille du réveillon, je vais le chercher et il me demande de  l'amener à un endroit bien précis.
Innocente et naïve, je n'ai rien vu venir.
Arrivés devant la bijouterie, j'en rajoute une couche :
- " Tu cherches un bijou pour ta mère ?"
Pff !! Andouille, même un arbre au milieu d'un pré tu serais capable de le louper parfois !!

Evidemment, il me dit que non puisqu'on a déjà acheté le cadeau de sa mère !... Voyons...
Le temps de devenir rouge pivoine, il me demande délicatement de jeter un oeil à cette superbe bague émeraudes et diamants - j'adore les émeraudes, vous l'aurez compris n.b : avis à mes admirateurs lol-.
Je jette mon oeil !...
Et il sursaute quand il se pose sur le prix !!
Horrifiée, gênée, je bredouille, je bafouille pour péniblement parvenir à sortir un :
- " Tu es fou ! C'est trop cher !" - digne réplique d'une chanson d' Anaïs, j'vous jure.

Finalement, les modèles ne nous plaisant pas tant que cela, nous décidons de changer de boutique.
Et c'est là que l'Homme a son idée de génie et qu'il me balance tout de go :

canoneos400d

- " Il te manque combien pour ton réflex ?"
- " Euh... ben... euh ..."

Et voilà.
Le soir même je finalisais la commande de ce  somptueux bijou que vous pouvez admirer là.

Il devait arriver en 48h ou 72h. Au plus tard et à cause des délais postaux en cette période, avant le jour de l'an.
Finalement, il n'est arrivé que ce samedi 6 janvier et je peux vous dire que cela m'a valu quelques insomnies.
Je craignais la si réputée délicatesse postale.
Je redoutais la fauche, plus abondante à cette époque.
Je doutais même d'avoir cliqué sur le bon bouton !!...

Après deux fausses joies au cours de la semaine passée, ce qui allait arriver la prochaine fois ne pouvait pas être autre chose.

Quand j'ai entendu le facteur effleuré la porte ce matin-là...
J'ai bondi hors du lit, les yeux à peine ouverts, les cheveux en bataille et je lui ai servi mon plus beau sourire en le gratifiant d'un tonitruant "Bonne année" !!

Ca y est vous y êtes ? ;o)
Vous visualisez ...

canoneos2

Puis, en refermant la porte, j'ai senti l'émotion me gagner.
J'étais seule pour vivre ce moment et finalement, ça n'était pas pour me déplaire.
Je ne pouvais pas ouvrir ce paquet sans rituel.
J'ai délicatement posé le carton sur le canapé.
Je me suis préparé un espresso.
Double.
Je me suis assise à côté du paquet puis j'ai allumé une cigarette.
Après quelques bouffées, j'ai respiré et d'une main assurée j'ai saisi la paire de ciseaux, déposée à cet effet, à côté de ma tasse.
Pas une déchirure. Pas un coup de travers.
Le scotch a été découpé net. Sans hésiter.
Le doute n'était plus permis : c'était bien lui.
Le Canon EOS 400D...

Doucement, j'ai sorti les éléments de leurs enveloppes bullées et les ai admirés. Sans même oser respirer.
Sans rien penser. Sans rien dire.
J'ai senti quelques larmes couler le long de mes joues ...
Il était à moi désormais.