Depuis leur arrivée dans nos contrées occidentales et il y a de cela fort longtemps, les épices, les plus rares, les plus précieuses et les plus excentriques, ont trouvé, au fur et à mesure, leur place "d'indispensables" dans nos cuisines.
Pour les dernières générations, elles sont, tout simplement, une évidence.

Ma grand-mère me regarde toujours d'un air interrogateur et dubitatif, voire méfiant, lorsque je lui parle de plats parfumés au carvi, de viandes au cubèbe ou de crevettes grillées au sumac !!
Et je ne vous raconte même pas ce qui doit se passer dans sa tête lorsque je lui apporte des petits plats japonais que j'ai mitonnés pour elle !!
C'est elle qui m'a fait prendre conscience que cette évidence n'en était pas une, il n'y a pas si longtemps que cela.

Un peu d'Histoire

carte_route__piceCertes la présence des épices dans notre alimentation ne date pas d'hier.
S'il semble que l'on ne sache pas précisément déterminer quand elles commencèrent à être utilisées, on sait que les mexicains pimentaient déjà leur nourriture en 7000 avant JC !!

Il y a près de 5000 ans, le réseau du négoce des épices s'étendait en Chine, en Inde, en Perse, en Mésopotamie et en Egypte.
Dans les pyramides, on a trouvé des traces d'anis, de fenugrec, de cardamome, de carvi, de safran, de fenouil et d'aneth...
A l'époque, les épices n'étaient pas sectaires et parfumaient les plats des riches et des plus pauvres mais leur utilisation ne se faisait pas pour les mêmes raisons : il s'agissait de se protéger des épidémies et de masquer le goût aigre de la nourriture avariée.
Epices et aromates ont des vertus thérapeutiques qui sont connues ou étudiées depuis la nuit des temps.

La Grèce antique connaît  l'apogée de la phytothérapie du temps d'Hippocrate (460-370 av JC), qui décrivit plus de 230 plantes médicinales dans son ouvrage  "Corpus Hippocraticum", science à laquelle il avait été initié par son père, Héraclide.
Il la développa  et l'exerça en tant que médecin itinérant au cours de ses voyages en Asie Mineure et en Grèce et l'enseigna à ses disciples, les Asclépiades (du dieu de la médecine Asclépios).
Evidemment, lorsque l'empire romain fut érigé, la phytothérapie n'échappa pas au pillage culturel des romains.
Le poivre, nous dit-on, fut importé aux alentours de la naissance de Jésus mais il était réservé aux plus riches des romains qui l'utilisaient comme épice et comme monnaie.
Heureusement pour nous, les sacages et appropriations romaines n'eurent pas que des effets néfastes puisque c'est grâce à eux que  l'Europe centrale eut l'opportunité de découvrir ces précieux trésors.

_pices_chaiPendant des siècles, les épices ont voyagé le long des pistes caravanières partant de Chine, via l'Asie pour gagner l'Europe.
Aujourd'hui encore, la plus connue demeure la route de la soie, dont nous ignorons toujours l'itinéraire exact - excepté quelques étapes commerciales-. Elle fut le témoin  privilégié des échanges de marchandises et de connaissance entre l'Europe occidentale, l'Orient et l'Afrique du nord.

Jusqu'au début du Moyen-Âge, les marchands qui en contrôlaient le négoce n'avaient pas toujours la possibilité de payer avec de la monnaie, ils pratiquaient alors le "troc" de soie, de pierres, de bijoux, d'argent contre des épices, du jade, de la fourrure ...

Ainsi les épices firent-elles leur entrée en Europe.
Au IXème siècle, Charlemagne rédigea un certain nombre de règles stipulant les plantes et les épices que les moines, les barons et les ducs pouvaient planter.
Ces dernières ont toujours une double fonction : thérapeutique et gustative.

Jusqu'aux guerres des croisés, ce sont les Arabes qui contrôlent les échanges de marchandises entre l'Asie et l'Europe.
Puis, les vénitiens, grâce aux forteresses chrétiennes construites au temps des croisades, purent circonvenir les marchands arabes de leur vendre les épices à des prix avantageux; qu'ils revendaient évidemment à prix d'or à leurs concitoyens ...
Pendant plus de 400 ans, Venise, Gênes et Pise bâtirent leur richesse sur le commerce des épices.
De ce fait, les épices frelatées devinrent monnaie courante au Moyen-Âge, l'offre étant inférieure à la demande.

Il fallut attendre les expéditions maritimes des audacieux portugais; dont Vasco de Gama qui, en 1499, revint d'Inde les cales remplies de richesses; pour voir l'hégémonie italienne s'effondrer.
Le poivre, les gousses d'ail, le gingembre, la cannelle et la muscade figuraient parmi les plus convoitées.

Bien sûr, il ne faut pas oublier une des plus grandes méprises de l'Histoire des grands découvreurs : même s'il n'est jamais arrivé jusqu'en Inde, Christophe Colomb rentra du Nouveau Monde avec tant de merveilles qu'il participa forcément à l'approfondissement de notre connaissance des épices.
Ce qui permit, entre autres choses, à la vieille Europe de goûter au paprika et aux piments.
Le paprika plut tellement aux espagnols que, 100 ans plus tard, il commençait à pousser sur le sol ibère.
Puis il gagna la Hongrie où il devint l'épice nationale !...

epicesensembleLe commerce des épices était si lucratif que chaque pays voulait sa part du gâteau et nombreux sont ceux qui organisèrent de grandes - et hasardeuses - expéditions maritimes...
Les gouvernements et les "marchands" devinrent vicieux, tout était bon pour s'octroyer le monopole d'une épice.
Ainsi, ce n'est que lorsque les français parvinrent à voler un pied de giroflier aux îles Moluques que le monopole cruel des Hollandais sur cette épice prit fin.

Après une course acharnée à la conquête de ces précieuses denrées, les épices tombèrent en désuétude au XIXème siècle au profit d'autres produits comme le cacao, le café ou le sucre.
Il faut attendre la fin de la Seconde Guerre Mondiale pour les voir réapparaître. La bonne idée fut de les vendre en bocaux, ce qui attira les femmes au foyer.
La suite, vous la connaissez : l'expansion extraordinaire des modes de transport, la notion de voyage qui se "démocratise", les progès et la découverte de nouvelles cultures ...
Et nous voici, les placards remplis de couleurs et de saveurs venues d'ailleurs.

Pourquoi je vous raconte tout cela ?
Outre mon amour des épices, et je sais que vous êtes nombreux dans ce cas-là, j'avais envie de vous faire partager une adresse internet que j'ai dénichée sur google, il y a 2 mois, tandis que je cherchais une épice que je ne trouvais décidément pas dans les magasins de Lyon.

Il existe vraiment beaucoup de sites marchands spécialisés dans la vente d'épices en ligne, ce qui rend le choix plus ou moins difficile.
J'ai passé un temps fou à comparer les prix, les poids, la qualité apparente ...
Finalement, j'en ai retenu trois.
Comme je n'allais pas faire trois commandes pour n'acheter que 200g par-ci, 100g par-là, j'ai décidé de les tester les uns après les autres.

Et je commence par le site Mille et Une Epices .
C'est une boutique est assez complète et qui propose un large choix d'épices pures ou mélangées, de poivres, de vanille et de thés à des prix très compétitifs.
Y compris en les comparant aux épiceries asiatiques de Lyon, dans lesquelles les épices sont très bon marché mais pas toujours de premier choix, il faut dire ce qui est... ou comparé à une épicerie renommée comme Bahadourian, dans laquelle on trouve les mêmes produits qu'au "chinois" deux fois plus chers !!
Ils ont pris la grosse tête depuis qu'ils ont ouvert une annexe aux Halles de Lyon...

L'interface du site est simple et agréable à parcourir.
De plus,  ils ont eu la bonne idée d'indiquer le mode d'emploi pour chaque épice vendue; ce qui est très pratique lorsque vous vous apprêtez à acheter du galanga racines sans savoir ce que c'est.
Il y a même quelques idées de recettes pour certaines d'entre elles.

J'étais partie pour acheter des pistils de safran et je me suis retrouvée à valider une commande pour une douzaine d'épices !...
Va comprendre Charles lol !!

Et bien je ne regrette absolument pas le voyage.
48h après le clic final,  je réceptionne un petit colis à l'odeur tellement ennivrante, que j'ai cru que le facteur s'était renversé un pot de colombo sur la tête ( mon facteur- livreur est antillais, enfin je crois ;o).
Je dois préciser que je ne m'attendais pas du tout à recevoir mes épices si vite alors je n'ai pas réagi tout de suite au sujet de l'odeur !!

Quand j'ai ouvert le paquet, mes sens ne savaient plus où donner de la tête !...
Mais qu'elle est donc cette senteur ? Comment la déterminer  ?
Quelle est celle qui m'appelle et m'envoûte le plus ? Laquelle prend le dessus sur les autres ?

Dans cette confusion sensorielle, j'avais oublié la moitié des noms des épices commandées ... et je ne vous parle pas des utilisations possibles.
D'ailleurs, si j'ai consulté le petit lexique incorporé, je ne crois pas avoir jamais choisi une épice en pensant au plat qu'elle habillerait, trop occupée à faire le tour des cuisines du globe...


Je vous présente donc mes achats épicés et, par la même occasion, vous conseille implicitement d'aller faire un tour sur ce site et, peut-être, de vous laissez tenter.

Pour commencer, voici les épices moulues ou "poudreuses" :


les_mouluesNe dirait-on pas une palette de peintre ? C'est somptueux...

De gauche à droite :

Poivre de Jamaïque - Pavot blanc - Sumac - Carvi moulu - Piment d'Espelette

Le "bout de bois" que vous apercevez au centre est une  racine de Galanga séché.



Tout en bas, à droite, vous apercevez la pointe d'une racine de Curcuma et à gauche un petit tas de pistils de Safran d'Iran - le précieux -.

Pour vous donner encore plus envie d'épicer et de colorer votre cuisine, voici, brièvement, une petite explication sur chacune d'entre elles.

# Le Poivre de Jamaïque est sans doute la plus courante puisqu'on la trouve aisément, dans un  conditionnement au chapeau rouge ou vert, dans tous les supermarchés nationaux.
Appelé aussi piment de Jamaïque ou "Toute épice", la plante ropicale dont il est originaire donne également la vanilline, l"arôme de vanille"  !... Etonnant, non ?
Quand vous mettez votre nez au-dessus d'un pot de poivre de Jamaïque, le moins que l'on puisse dire c'est que "ça pique" !
C'est un poivre très parfumé, relevé et relativement fort, de ce fait, il est conseillé de ne pas en abuser...
Dans les Caraïbes, il est utilisé pour relever les sauces, les viandes, les salades, les légumes ou les courts-bouillons.
On le retrouve évidemment dans les mélanges 5 baies - que j'affectionne particulièrement sur mon steak grillé -.
Plus original, sa saveur se marie très bien avec les desserts - confitures, gâteaux -.
On lui confère des propriétés antiseptiques et digestives.

# Le Pavot Blanc :

Plus rare sur nos étals d'épicerie que le pavot bleu, sa saveur est aussi beaucoup moins marquée que ce dernier.
Avec son petit goût d'amande, il parfumera et égayera délicatement les salades de tomates, de pommes de terre, de choux, les currys, le pain, les pâtes,  les gâteaux, les confitures, les crèmes.
Il paraît qu'il fait baisser le taux de cholestérol et élimine les mauvaises graisses...

# Le Sumac :

Mon copain le sumac !...
Avant cette ballade sur 1001 épices, je n'en avais jamais entendu parler.
Ce fut donc une totale découverte.
La première fois, je l'ai employé à relever une poêlée de gambas.
Un pur régal.
Son petit goût de "citron noiseté" s'alliait parfaitement avec ces demoiselles.
Le sumac est issu d'une baie poussant sur un petit arbre touffu et omniprésent dans le Bassin Méditerranéen.
L'utilisation de cette épice est très ancienne puisque, dans la cuisine Romaine, elle remplaçait le citron ou le vinaigre.
Vous l'utiliserez très facilement avec les fruits de mer, les poissons, les terrines de gibier, les brochettes, les volailles, les viandes, dans les confitures ou les marmelades.


# Carvi moulu :

Je peux me tromper mais il me semble que celle-ci sera reconnue, au même titre que le poivre de Jamaïque, par le plus grand nombre !?...

Il s'agit d'une des plus anciennes épices puisque l'on aurait des traces de son utilisation datant du Néolithique.
Les Romains en parfumaient leurs pains.
Au Moyen-Âge, il entrait dans la composition des "philtres d'amour" ;o) ... A bon entendeur ...
Assez répandu à l'état sauvage en Europe, dans le Caucase et en Sibérie, la Hollande en est aujourd'hui un des principal producteur.
Il dégage une odeur assez nette d'anis, avec plus de caractère et de piquant.
On l'associe facilement aux omelettes, aux salades, aux soupes et, paraît-il aux fritures de poissons (beurk !!).
Il faciliterait la digestion.

# Le Piment d'Espelette :

Qui ne connaît pas Espelette et ses superbes maisons rougient par les guirlandes de piments en train de sécher ?
Depuis l'an 2000, ce piment a même obtenu une AOC, renforcée en 2002 par une Appellation d'Origine Protégée !
Seules 10 communes ont le droit de le cultiver et de le vendre comme étant du piment d'Espelette (attention aux piments fruaduleux donc ;o).
Comme beaucoup d'épices, ce joli piment oblongue et sanguin, est arrivé en Europe grâce aux grands voyageurs.

Ramené du Mexique par un navigateur basque qui accompagnait C.Colomb, il est d'abord utilisé en médecine.
Puis, on commence à le planter à Espelette.
Il servait alors de condiment et de conservateur pour les viandes et les jambons.
Il remplacera avantageusement le poivre et apportera aux omelettes, aux fruits de mer et crustacés, aux poissons, aux soupes ...  une saveur légèrement piquante et douce à la fois, des arômes fruités et grillés très appréciables.
Même s'il ne faut pas trop le doser, son piquant très modéré laissera juste une sensation de chaleur, très supportable, voire agréable, sur le palais.

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Voilà, ce sera tout pour aujourd'hui.
J'espère que ce petit tour au pays des saveurs et des couleurs vous aura donné envie d'en connaître davantage et de tenter vous-même l'expérience.
La prochaine fois, ce sera au tour des graines et des racines.